le concours littéraire.

retrouvez  chaque mois le gagnant du concours  dans les jupons d'avignon

le prochain gagnant sera ici !

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songe à l'envers 

Par le sentier ruineux,

J’allais libre et sans frontières

Dans le silence des bruyères.

 

Mes semelles blessées

Livraient à terre

Des sons plaintifs,

Qu’à chaque caillou sournois

Le sang fuyant relayait !

 

Sous des lueurs froides

Que le ciel bleu trahissait,

Quels frissons mon Amour !

 

Mais quand par mon Cœur ajouré,

Des lances de douleur

Perforent l’idéal ébranlé, 

Et que la dague brandie

Ameute le sang frais,

 

Alors, seul le songe à l’envers baigne encore mon esprit !


 

Par Abdé Bordji 

PIEL

Regarde-moi.

Cherche mes failles sur ma peau délabrée.

Les vois-tu ? Les sens tu ?

Touche-moi

Touche-moi et trouve-les.

Est ce ton excitation qui t'en empêche ?

Que vois-tu ? Que sens tu ?

Un sein généreux dont le téton te fixe comme s'il t'invitait à le prendre entre les lèvres ?

Ou juste une peau fatiguée ?

Lorsque tu poses tes mains sur ma taille.

Lorsque tu me caresses et sens mes hanches s'élargir aux mouvements de tes mains.

As-tu envie de me prendre ?

As-tu envie de me serrer contre toi ?

De me rassurer ?

Comment gères-tu ton excitation ?

Est-ce une agitation ?

Une incitation à l'invitation ?

Est-ce que tu me vois ?

Est-ce que tu vois en moi ?

Regarde-moi.

Touche-moi avec tes yeux.

Caresse-moi avec tes mots.

Rassure-moi de ton regard.

Touche-moi.

Je ne connais pas l'excitation d'un homme,

car je n'en suis pas un.

Mais l'humain,

l'humain en toi et en moi,

Te demande de me toucher,

sans me briser.

Me caresser,

sans me souiller.

M'aimer,

sans m'user.

Par Rihame Allouch

"L'inspiration vient tout simplement de la vie de tous les jours et de la situation de la femme dans notre société actuelle. C'est aussi plus simple d'écrire sur un sujet quand on le connait (plus simple d'écrire sur les femmes lorsqu'on est une femme !) En ce qui concerne la sonorité dans le texte, j'ai essayé de créer des rimes à l'intérieur des vers et essayer de les faire "chanter" pour faire passer plus facilement un message qui peut être un peu lourd. Les questions aussi ont le même effet car on affirme pas quelque chose avec une forme affirmative et de ce fait on ne juge pas. Pour les phrases impératives, elles représentent les pensées d'une femme, qui peut être moi vous ou n'importe qui. J'avais écrit ce poème il y a à peu près 1 an lorsque je voulais essayer de jouer avec les mots et prendre un sujet qui me serait familier donc facile à aborder."."

Printemps

Ô fécond flocon printanier

Tu glisses sur les essuies glace

De ta légèreté allergène

Héraut du renouveau

Loin d’être le dernier

Le passé tu remplaces

Pour moi tu n’es jamais gène

Volatil et fuyard

J’agrippe sitôt le beau

Avant qu’il ne soit trop tard

Climat mélangé

Entre giboulées et neige

Les pétales ploient sous le poids

Des larmes des cieux

Et l’arbre joyeux

Ruisselle de ses yeux noueux

Quand il pleut sur le peuplier

La voûte du bleu au beige

Se colore de magie et buée

Le pétillement plie le silence du toit

Moussant au bord du gazon

Point de temps pour le mouron

Entre printemps et mousson.

Par Yrvin

- Texte intégral -

vénus

"À compter de cette nuit, pour Suzanne, tout devint existentiel. Elles s'étaient lovées l'une contre l'autre. Venus l'avait enveloppée de ses bras et l'avait chérie contre sa poitrine. Suzanne peut encore sentir ses mains sur elle, les caresses de son souffle chaud sur son cou. Cette nuit là, Suzanne avait reçu son premier baiser coup de poing. Au réveil, elle n'était plus la même. Dès l’aube, le goût de l'enfance et des jeux s'étaient envolés. Vénus pouvait tout lui faire, tout lui dire. Servile et docile, Suzanne était à elle. Elle était prête à tout braver, tout trahir pour rester près d'elle. Rien n’avait plus d’importance sauf Venus. Cette première nuit fut la dernière. Après, il n'y eut plus jamais de Vénus, plus de bras, plus de souffle. La tendresse de Vénus avait été emprisonné dans cette unique nuit et jamais plus elle n'en était sortie. Le cœur de Suzanne s’était brisé au premier évitement, au premier changement de trottoir. La vie s'était mise en pause pendant trois ans. Suzanne avait une vie d'adolescente rythmée par l'absence. Suzanne restait persuadée qu'elle était née pour être près d'elle. Son existence s'était littéralement organisée en fonction des passages piétons que Vénus empruntait, de sa place à la médiathèque, de ses heures de cours, de ses passions... Vénus avait choisi quelqu'un d'autre. Un garçon aux cheveux fous et aux chaussures rouges. Suzanne l'avait accepté mais avait toujours résisté à croire en cette intrigue. Dans le noir, elle avait toujours été convaincu que Vénus l'avait aimée aussi, comme elle avait pu. Ce qui avait rendu tout cela infini, c'est qu'elle n'avait jamais su si c'était la vérité ou celle qu'elle espérait. Suzanne n'a jamais rien regretté, elle s'est toujours souvenu."

Par Zoé Harding

Retrouvez son travail ICI

Prose

 Le moteur vrombit une nouvelle fois. Sa jaguar brillante sous le soleil ne regarde plus la route depuis qu’elle a viré, lui non plus. Il ne voulait pas mourir, il voulait simplement observer ce qui se trouvait derrière le bord de la falaise, comme ces aventuriers qui trouvent à chaque pas un nouvel horizon à atteindre, cherchant dans le plus loin une réponse à ce qui persiste derrière eux. Si elle devait s’arrêter au bout de la route, sa vie aura été remplie comme se rempli le vieux puit, aux grés des averses, des besoins des hommes, des fragilités de la terre. Il n’en voulait pas à ce qui régit le temps, il n’en voulait pas à ce qui semblait constamment le dépasser, il ne s’en voulait pas non plus. La jaguar atteint sa vitesse de pointe et ses yeux se ferment, plus rien ne compte sur cette route du petit matin, ni les gabians, fendant l’air pour le rattraper, ni le soleil imposant son rythme aux hommes. Il n’était plus dans la voiture quand elle traversa la rambarde, ou y était-il encore.

Par Camomille V

Cancer, quand c'est?

Je t'écris chère bactérie

Pour tout ceux que tu as déjà pris

 

Ces quelques mots, bateau

Comme une bouteille à la mer,

Comme un poème pour ma mère

 

Accroché, tel un crabe à son rocher

Tu es entêté, pas du genre à lâcher

Bien plus grave qu'il n'y paraît

Sans prévenir tu pointes le bout de ton nez

 

Hôpitaux, traitements médicamenteux

Dis moi pour partir qu'attends tu?

Dis moi cancer, quand c'est ?

Que tu nous foutras la paix?

 

Tu grappilles, tu grignotes,

Autour de toi, le stress flotte

Tu te crois imbattable,

Mais face à toi, une chose est incassable

 

L'amour réel, l'amour palpable

L'optimisme et le courage

Malgré le lourd poids du cartable

L'envie de vaincre, sourire sur le visage

 

Et cette force,

Ma mère l'a toujours dans ses bagages

Avec l'espoir aux prochains virages.  

Par Elisa

Texte intégral - 31 Août 2019

 

Elisa a écrit ce "petit poème bien personnel", pour sa maman.

"Mais je me suis dit après-tout pourquoi pas. C'est un sujet qui peut parler à beaucoup de monde malheureusement.

Et ça fait du bien d’extérioriser."

Neige

  Il vient d’avoir 5 ans.

 

J’ai l’impression d’avoir 5 ans,

   Et de voir de la neige pour la première fois.

Sur ma peau un flocon me caresse

   Chaque jour, à chaque fois que je te vois.

Avec toi je viens juste d’avoir cinq ans,

   Je vois la neige pour la première fois.

Sur ma peau pose tes flocons aimants,

   Qu’avec un simple regard je perçois.

 

   Des larmes coulent le long de mes joues et chatouillent mes lèvres.

Avec elles vient le plaisir ambigu au goût de sel qui me fait me sentir vivant. Tout comme dans une chanson que je chante tout le temps, les murmures suspendus autour de moi fredonnent. Ils ne veulent pas me laisser seul.

 

   Ce matin, je suis dans ma voiture, la mélodie de la vielle mécanique me transporte. Dans le ciel, une quantité impressionnante de petits étourneaux préparent leur migration. Pour le moment ils se regroupent, je pense qu’ils peaufinent leur feuille de route. Tous les ans je reste béat devant ce ballet faussement désorganisé.

 

   Pour lui c’est une illusion.

 

   Je m’imagine au milieu d’eux, volant et agile, comme bondissant d’oiseau en oiseau, je cherche un de ceux qui pourrait m’entendre.

Piaillant par ici « Ou allons-nous ? » Sifflant par-là « Qui suivons nous ? »

Aucun ne me comprend ou aucun ne m’écoute alors je m’abandonne à moi-même sifflotant des airs qui me bercent depuis mon enfance, ce n’est pas évident à comprendre mais je me bats pour rester moi-même. Malgré tout, comme mes nouveaux et éphémères semblables j’avance, sur une route fantomatique et j’attends. J’attends le bon moment, un signal ou les deux.

 

   Pour lui, ce matin était différent…

 

   Dans ma tête flotte ton visage, je n’ai pas besoin de fermer les yeux. Tu m’apparais dans un vol d‘oiseau, dans le feuillage d’un arbre, au milieu d’un brouillard diffus, dans la fumée légère, dans le marc d’un café. Je suis heureux toi tu es comme un rayon lumineux et suspendue devant moi timide et fragile. Enivrant, écrasant les montagnes, soufflant les plus vieux chênes et balayant les plus grands océans, ton sourire est ancré dans mes rêves. Je crois en être déjà prisonnier alors que tu me

le montres à peine !

   A voix haute je prononce ton nom, il faudra qu’on se revoie vite.

Point levé, je scande un victorieux « Whou-houuu! », comme un enfant, je rigole bêtement. Des têtes surprises me jugent. Elles roulent vite sur ma gauche et me frôlent dans leurs caisses métalliques colorées. Il n’y a que toi qui peux me comprendre, toi et peut-être mes nouveaux amis ailés.

   « Voilà ce matin tout est bien. » Mais rien n’est facile. Le temps, quant à lui, s’effiloche aussi rapidement que peut l’être un rêve. Tantôt en latence quand je suis perdu dans mes pensées et tantôt insatiablement long. Il m’échappe sans tes nouvelles. Chaque minute qui passe est un enfer. Alors que ton absence oxyde mes os, j’en apprends un peu plus sur la mort. Je me fais son ami infidèle. Je suis sûr que l’on va se revoir.

   L’espace est plat. Tout est figé autour de moi. Nous sommes promis l’un à l’autre.  Je le sens mais ne peux pas en parler.

 

   Dans sa tête pour lui plus rien n’est monotone.

 

Désormais, il n’y a plus rien de monotone.

 

« Joie, peine, force, faiblesse, avec toi je viens juste d’avoir cinq ans...»

 

   Sa force est concentrée en un mot : mouvement.

Par Julien

Texte intégral - Juillet 2019

 

Julien a écrit Neige il y a plusieurs années et est retombé dessus par hasard récemment, ‎replongeant dans une histoire passée. Il a eu envie de lui donner plus de sens. C'est donc un mélange de souvenirs, d'émotions et d'idées. Le thème principal est le perpétuel mouvement celui des rencontres du temps et de la vie.