carte blanche aux étudiants

retrouvez  chaque mois les sujet d'étude des étudiants, ces acteurs-observateurs qui réfléchissent et étudient notre culture au quotidien.

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En Afrique de l’Ouest, dans la région appelée autrefois Côte des Esclaves — actuels Bénin, Togo et Nigeria — on trouve les Agudàs, aussi appelés les Brésiliens de ces pays. Ce sont des familles qui revendiquent une identité Brésilienne et l’expriment notamment par le biais de leurs masques, danse et musique, dont le principal rythme est la samba. Cet ensemble se donne à voir dans la fête de la Bourian, du portugais burrinha, petite ânesse. Il s’agit du cavalier masqué sur un cheval-jupon en forme d’âne, personnage duquel la fête des Agudàs prend son nom. La fête consiste dans un défilé de plusieurs personnages masqués (l’ânesse, le bœuf, les poupées géantes, des « hommes en costume », des créatures monstrueuses…) qui dansent et animent le public au son d’un orchestre à base de tambours où l’on chante des sambas en portugais. Cependant les Agudàs ne comprennent plus cette langue, mais ils transmettent les chansons au fil des générations par imitation des sonorités.

 

Une histoire et une recherche reliant les deux rives de l’Atlantique

 

Dans ma recherche de thèse en anthropologie sociale et culturelle au sein de l’Université Aix-Marseille, il était question de saisir l’articulation entre la fête de la bourian et l’identité des Agudàs. La bourian est habituellement considérée comme la fête des anciens esclaves revenus du Brésil vers l’actuel Bénin au cours du XIXe siècle. Ils y auraient introduit des façons populaires de faire la fête telle qu’à l’époque on la pratiquait au Brésil. Cependant, aujourd’hui on peut se demander : la bourian, ne serait-elle qu’un    « petit carnaval », une « fête des esclaves » ?

Quel sens social prend cette fête de nos jours ? Quels changements la bourian a subi au fil des décennies ? Comment s’est développée la circulation atlantique des masques, des chansons, des manières de faire la fête pour les Agudàs ? Pour cela, les lectures et la consultation d’archives ne suffisait pas. La base de l’anthropologie est l’expérience personnelle et l’interaction avec autrui au sein d’une recherche de terrain de longue haleine. Je suis donc parti pendant plusieurs mois et à plusieurs reprises au Bénin et au Togo, mais aussi dans la région Nord-Est du Brésil, d’où la plupart de ces anciens esclaves sont (re)partis.

 

La formation de l’identité agudà est assez particulière : ces familles évoquent la mémoire de leurs aïeuls nés ou ayant longtemps vécu au Brésil, le pays des Amériques qui a reçu le plus d’Africains en captivité : autour de cinq millions d’individus. Cependant, ils sont très peu à effectuer le « retour en Afrique » ; pas plus que trois ou quatre mille. Ce retour s’est fait tout au long du XIXe , essentiellement avant l’abolition de l’esclavage au Brésil (1888). Il concerne des esclaves ayant été affranchis à l’intérieur des règles du système esclavagiste soit par la grâce de leur maître, soit par le rachat de leur prix de vente. Cela concernait certains types d’esclaves urbains qui, en réalisant des services et du commerce au profit de ses maîtres, étaient autorisés à garder une partie des bénéfices. Une fois affranchis, ils devaient réussir à payer une place pour eux et leur famille dans un des bateaux qui faisaient la liaison Bahia-Golfe du Bénin. Néanmoins, une fois arrivant là-bas, quoi faire ? Jusqu’à la moitié du XIXe la région n’est pas encore colonisée par les Européens, mais les ressortissants des divers pays y pratiquent la traite négrière. Les « retournés » avaient passé des décennies au Brésil où ils avaient acquis la langue, les mœurs, mais aussi la religion, soit-elle le catholicisme dominant ou l’islam, acquis avec d’autres africains. Originaires de plusieurs groupes ethnolinguistiques, ils se comprenaient par le biais de la langue portugaise. Donc, une fois en Afrique, par peur d’une remise en captivité et par opportunisme économique, plusieurs parmi eux s’associent aux prospères commerçants d’esclaves brésiliens et portugais déjà établis sur la côte. D’autres deviennent des maçons et de menuisiers d’excellence. Les enfants des commerçants « blancs » établis se marient avec les enfants des « retournés » et les familles se multiplient ; c’est la formation d’une société brésilienne dans le Golfe du Bénin. Lorsque le trafic s’épuise, plusieurs Agudàs se tournent vers la production agricole, notamment l’huile de palme. Des nombreuses familles africaines locales dîtes « associées » sont alors des servantes chez les familles prospères qui vivent à la brésilienne et introduisent des luxueuses et fraîches maisons à briques (architecture de style afro-brésilien). Ces familles « associées » prennent les riches Agudàs comme modèle et incorporent leurs valeurs, leurs habitudes, leurs patronymes. D’autre part, les Agudàs ont toujours attribué une place importante aux études, étant à l’origine des premières écoles de la région et devenant des cadres dans l’administration coloniale.

 

Les Agudàs et la Bourian aujourd’hui

 

Dès qu’on se balade dans le sud-Bénin et Togo on peut voir leurs noms sur les portails : De Souza, Da Silva, D’Almeida… Les Agudàs sont, de nos jours, une parcelle considérable de la population locale, vivant mélangée aux autres groupes majoritaires. On les trouve notamment dans les moyennes et hautes couches urbaines. Ils ont été, par ailleurs, à la tête du processus d’indépendance du Togo.

 

Dans un contexte où chaque population locale présente une sortie de masques liée aux vodouns (le système religieux de base dans la région), la bourian est devenue « l’étendard de la brésilianité ». Dans ma thèse j’ai démontré que la bourian n’est plus la transposition d’une « danse d’esclaves » du Brésil d’autrefois, mais le récit d’une ethnogenèse, la célébration d’une origine brésilienne ainsi que d’un temps où les Agudàs étaient la première bourgeoisie de style occidental installée dans la région. Il y a eu en fait, un changement de sens : d’une fête d’esclaves au Brésil à une danse des maîtres en Afrique.

 

Par Joao De Athayde

Docteur en anthropologie

Chercheur associé à l’IMAF

Institut des Mondes Africains

Bourianle cheval-jupon danse la samba au bénin

La mode africaine, ici et là-bas

 

Objet d’étude : Le wax, ce tissu coloré qui nous rappelle l’Afrique n’a rien d’africain. C’est le produit d’échanges commerciaux entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique à l’époque coloniale. Alors pourquoi aujourd’hui dit-on du wax que c’est un tissu africain ? Tout simplement car il est le symbole pour beaucoup d’une Afrique exotique, tandis que pour d’autres, c’est un moyen d’affirmer son africanité. Alors comment savoir s’il s’agit de néocolonialisme ou d’affirmation de soi? Tout dépend du contexte. Voilà une partie du travail que je mène en thèse d’anthropologie à l’Université de Bordeaux. 

 

A partir d’un objet du quotidien, il s’agit de rendre compte de la migration féminine en France, à travers la mode sénégalaise. Avec le vêtement comme base, nous essayons de raconter les différentes histoires et rencontres entre les objets et les personnes, en France et au Sénégal. 

 

Comment à partir du vêtement parvient-on à faire l’Histoire et des histoires ?

 

Hypothèse

Les modes de consommation et les styles vestimentaires changent grâce aux réseaux sociaux où chaque interconnexion permet de “recevoir et émettre” à la manière d’une radio, la mode sénégalaise et plus généralement la mode africaine.

 

Axe de recherches

 

Biographie du vêtement

Le premier axe de cette thèse s’articule autour d’une biographie du vêtement. Le tissu (wax, cotonnade ou autres) acheté (au marché ou chez un grossiste) passe de mains en mains jusqu’à sa transformation par des machines ou par des créateurs. Le tissu transformé devient vêtement (pièce unique et sur mesure ou bien prête à porter). Le nouveau vêtement voyage encore jusqu’au domicile de son propriétaire avant d’être porté pour la toute première fois. La dernière étape de vie d’un vêtement se résume à son porté, son entretien et sa conservation. On peut ainsi dire que la biographie d’un vêtement se résume à des voyages du marché au placard, à des rencontres et des interactions plus ou moins infinies. 

 

Circulations physiques et numériques 

Le vêtement se déplace au cours de sa vie, passe de mains en mains et voyage. Il est vecteur de mode, de tendance et de significations (appartenance à un groupe, revendication politique [ex : mouvement des Gilets Jaunes en France]). Toutes ces significations circulent et se diffusent. Elles se diffusent physiquement (commerce de marchandises) mais aussi numériquement. A l’heure d’internet, les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et WhatsApp) facilitent la diffusion massive des tendances sénégalaises. Ainsi, j’étudie comment les transactions matérielles et immatérielles s’entrecroisent pour créer des réseaux féminins en France. Par exemple, si une femme d’origine sénégalaise vit en France, elle devient un lien permanent avec le continent africain. 

Elle permet, grâce à ses voyages de faire circuler les marchandises d’ici et là-bas, de lier la culture française et la culture sénégalaise (pas uniquement du point de vue de la mode, mais aussi des coutumes, des usages quotidiens). Cette migration immatérielle et matérielle favorise l’intégration et la mixité dans la société française. 

 

Les femmes

La place de la femme sénégalaise dans ma thèse est centrale. Elle est l’épicentre de la multitude d’interactions, de rencontres et d’influences que j’essaie de révéler dans cette thèse. Par delà le commerce (vente de tissu, métier de couturière), la place de la femme soulève la question du corps (féminin) et du regard porté sur ce corps. Puisque ma démarche relève de l’interactionnisme symbolique (concept développé en sciences humaines et sociales par Goffman, Becker et biens d’autres chercheurs [dans Le Breton, David. L’interactionnisme symbolique. 2004], qui sous-tend que les individus existent à travers des relations et que celles-ci, variables à l’infini, créent un champ social), j’étudie chaque aspect, chaque interaction créé à partir d’un acteur social (ici, la femme sénégalaise) ou d’un objet (le vêtement). 

A l’image d’une toile d’araignée, ma thèse tente d’énumérer les interactions entre les femmes sénégalaises, qu’elles soient en France, au Sénégal ou en voyage, avec pour objet commun le vêtement. Au delà de ces interactions, la femme, son corps et sa trajectoire de vie sont à analyser, toujours en fonction des pratiques vestimentaires. En effet, selon son âge, son statut social, économique et politique, les habitudes vestimentaires changent et permettent de déterminer l’agentivité (selon Gell [Gell, Alfred. Art and agency: an anthropological theory. Clarendon Press, 1998], l’agentivité est un concept selon lequel l’acteur possède une capacité d’action et de choix qui lui est propre, un libre-arbitre qui lui permet d’être au devant de la scène en opposition à un système ordonné) des actrices. 

 

En bref 

Ma thèse s’articule autour de trois axes principaux qui s’entrecroisent : la mode, les femmes et la migration (matérielle et immatérielle). Mon enquête ethnographique se déroule simultanément à Paris et sa banlieue, Bordeaux ainsi qu’à Dakar. Par delà ces terrains empiriques, j’inclue une analyse dématérialisée des réseaux sociaux. 

Par Anastasja Bietta

Doctorante en ethnologie

Laboratoire PASSAGES

Université de Bordeaux

Le wax, ce n'est pas africain

L’industrie cinématographique chinoise a connu de profonds bouleversements tout au long de son histoire. Malgré les grands changements politiques, économiques et sociaux des années 1920 la Chine a réussi à s’imposer en occupant la deuxième place en terme de recette au Box Office.

Maoïsme, cinéma et propagande

Sous Mao (1949-1976), les dirigeants de la République populaire de Chine produisent et en distribuent des films qui, qui grâce aux innovations techniques des années 1960 atteignent un plus grand nombre de spectateurs. De nombreux films étrangers ont servi de propagande pour que le public comprenne la nature contre-révolutionnaire de l'Occident. Les intellectuels sont persécutés par le régime.

A la mort de Mao et à la fin de la révolution culturelle (1966-1976) arrive Deng Xiaoping : la phase de libéralisation et d'ouverture au monde extérieur commence et un grand débat s’ouvre dans les cercles artistiques sur la fonction du cinéma dans la société socialiste. Tous les arts tentent de d’aborder les traumatismes et exposent le choc et la répression de la révolution culturelle dans une perspective d’avenir. L’Académie du film de Beijing rouvre également et donne un nouvel élan à la formation de grands réalisateurs et acteurs.

Les films de cette nouvelle génération se concentrent sur les traditions qui avaient presque disparu des écrans. On remarque l’utilisation de la lumière naturelle, un script épuré et peu de dialogue. Zhang Yimou, le réalisateur le plus connu de la cinquième génération, est un des premiers à attirer le public occidental.

La manifestation réformiste de la place Tiananmen bouleverse à nouveau le climat artistique

Le cinéma est de nouveau soumis à un contrôle strict du Parti : la propagande cinématographique est relancée. La génération de réalisateurs des années 90 s’oppose à ce retour. Leurs films réalisés avec des budgets minimaux, souvent sans les autorisations nécessaires, adoptent une esthétique réaliste et révèlent l'aliénation urbaine, les blessures et les inégalités causées par la modernisation. Ces films indépendants ont même circulé en Chine sur le marché de dvd piratés et petits ciné-clubs. Ils ont fini par obtenir des prix prestigieux dans des festivals internationaux, suscitant la controverse. Un compromis est progressivement accepté par ces réalisateurs pour permettre à leurs films d’être diffusés dans le circuit national et international, sans perdre leur esprit critique.

Avec la numérisation, un phénomène notoire voit le jour

Les entreprises des services web et des réseaux sociaux Baidu, Alibaba et Tencent (BAT) ont progressivement commencé à investir dans la production, la distribution de films et ont ouvert leurs plateforme streaming générant de nouveaux support distribution et plus de recettes. 

Une réalité légèrement différente

Les contenus produits et distribués sont en réalité toujours soumis à la plus stricte surveillance de la censure imposée par le Parti. Les BAT profitent de leur position de puissance sur le Web pour acquérir de nouvelles propriétés intellectuelles à transformer en œuvres cinématographiques et une quantité de données personnelles des utilisateurs pour créer des produits ad hoc pour toucher un public toujours plus large. De plus, la puissance des BAT les a amenés à signer des accords avec les plus grandes entreprises internationales, dont Sony.

 

La croissance économique et technologique du pays a touché tous les secteurs y compris les industries culturelles. C’est ainsi que le Parti communiste continue de diffuser ses idéaux et ses politiques sociales à travers le Septième Art. Il maintient un contrôle ferme sur le marché pour ne distribuer qu'un nombre limité de films étrangers chaque année. "Money and censorship talks" peut être le leitmotiv du cinéma chinois d'aujourd'hui, tant pour les productions nationales qu’internationales. La menace de la censure pèse aussi sur les productions étrangères qui risquent de se voir annuler les accords de production, de distribution , les placements de produits et la vente des produits dérivés.

 

C’est à travers l’évolution de l'industrie cinématographique chinoise qu’il est possible d’entrevoir la puissance actuelle du pays au niveau national et international. Mais, en ne prenant soin que des aspects financiers et en imposant des règles morales strictes, ne risque-t-on pas de voir un effondrement du cinéma dans sa fonction artistique première? Quelles seront les nouvelles contraintes auxquelles devra faire face la nouvelle génération d’artistes chinois ?

Par Giorgio Ceccarelli

Spécialiste en Langue et Culture Chinoise

Université Ca'foscari de Venise

L’évolution du cinéma chinois : une place vers la primauté mondiale ? 

«Si le climat était une banque, il aurait déjà été sauvé ».

 

Ce slogan, popularisé par Hugo Chavez lors de la COP15 en 2009, est plus que jamais représentatif de l’état actuel de notre société. Alors que le plan de sauvetage des banques a coûté 421 Milliards de dollars aux Etats-Unis lors de la crise de 2008, seuls 8 Milliards de dollars sont alloués en 2017 par Donald Trump pour protéger l’environnement. La Finance verte, qui vise davantage l’impact environnemental que le profit, semble néanmoins gagner du terrain d’année en année. Cette finance est-elle adéquate avec la crise actuelle ou estce un voile pour rassurer artificiellement les militants écologistes comme Greta Thurnberg et continuer à faire du profit sur des exploitations pétrolières ?

 

La finance verte active et en plein essor

 

La finance verte, est-ce que ça marche ?

Plutôt oui ! Depuis la mise en oeuvre des principes Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG), les entreprises ont la possibilité de s’engager auprès des banques et des autres entreprises à respecter des normes très strictes en termes sociaux et environnementaux. Ainsi, les banques feront davantage confiance aux entreprises se dotant de telles normes. Encore mieux ! Un rapport intitulé « From the Stockholder to the Stakeholder: How Sustainability Can Drive Financial Outperformance », publiée en 2015 par l’université d’Oxford et Arabesque démontre que « 80 % des études examinées montrent que les pratiques de durabilité prudentes ont une influence positive sur la rentabilité des investissements ». Résultat, investir dans des entreprises respectant des critères ESG peut être source de meilleure rentabilité.

Comment les entreprises financent des projets verts ?

Par les « Green Bonds ». Ce terme anglosaxon veut simplement dire « obligations vertes » ou en gros, les emprunts émis pour financer des projets écologiques. De l’agriculture durable, à la protection des écosystèmes et des forêts, les « Green Bonds » sont aujourd’hui populaires. C’est grâce à ces emprunts que le projet hydroélectrique Rampur en Inde, qui vise à fournir de l’énergie hydroélectrique à faible émission de carbone au réseau électrique du nord de l’Inde a pu voir le jour ! De plus, les obligations vertes sont assorties d’exonérations fiscales et de crédits d’impôt. Il fallait s’y attendre…

 

Ok mais à la fin de l’été l’Amazonie a quand même connu un des pires incendies de son histoire non ?

C’est vrai mais selon moi il est assez facile de mettre en cause la finance (la méchante). Premièrement car nous ne sommes pas encore sûrs des causes des incendies bien que l’activité agricole soit pointée du doigt. Deuxièmement car les banques n’ont pas intérêt à investir dans des entreprises qui ne respectent pas les normes environnementales car cela diminuerait leur potentiel de rentabilité (les banques n’aiment pas prendre de risque).

 

Les banques ont encore de pain sur la planche

 

Le message « How Dare You » de Greta Thurnberg lors du sommet des Nations Unies est clair : les politiques sont encore trop tournés vers la croissance économique et pas assez vers la croissance durable. Greta soulève une question importante qui est celle du rôle du système financier dans le réchauffement climatique mondial.

Elle a eu raison de gueuler, de toute façon les banques commencent à peine à s’intéresser au développement durable alors que ça fait 25 ans qu’on en parle.

C’est malheureusement vrai, la prise de conscience est assez récente. C’est en 2018 que « le rôle de la BCE (Banque Centrale Européenne) face au climat est enfin entré dans le débat » nous dit Benoit Coeuré, membre directoire de la BCE.

 

Au fond, les banques ne profiteraient-elles pas parfois de l’écologie pour faire plus de profit ?

L’écoblanchiment ou « Green Washing », soit mettre une couche verte sur des choses qui ne le sont pas, est une pratique parfois utilisée par des banques. On voit souvent des belles images d’éoliennes et de panneaux solaires sur la communication financière. Le problème c’est que cela masque le fait que le financement des combustibles fossiles est également très important, voire même plus que le financement vert. Il arrive aussi que des produits «d’investissement socialement responsable» (ISR) soient présentés comme « éthiques » alors que nombre d’entre eux contiennent les mêmes multinationales qui participent activement à l’exploitation des ressources naturelles. On peut citer par exemple Total qui fait du durable avec ses panneaux solaires mais qui avait comme projet d’installer un énorme forage en Amazonie en 2018.

 

Finalement, l’engagement des banques est-il lié à l’engagement du peuple ?

Si les Banques n’agissent pas toujours à la hauteur du problème, c’est peut-être qu’il existe une relation de causalité entre le peuple et la finance. Le fait que les banques françaises investissent encore dans le pétrole n’est-il pas aussi explicable par l’attachement des français aux énergies fossiles ? Le mouvement des Gilets Jaunes est un bon exemple de ce décalage. Si le malaise et les différentes revendications de ce mouvement sont sans aucun doute compréhensibles, ils révèlent avant tout que personne n’est aujourd’hui prêt aux sacrifices que requiert l’écologie. C’est un mouvement que l’on observe pas seulement en France. Au Brésil, le succès de Jair Bolsonaro, élu sur la promesse de relancer la croissance (au prix bien souvent de l’écologie) est aussi le symbole de ce décalage, tout comme la popularité de Donald Trump malgré son soutien aux énergies fossiles.

 

Par Rémi Talmant

Stagiaire Middle Office, Trade Processing

HSBC Global Asset Management

Neoma Business School

finance durable

mythe ou réalité?